Tuer Bitcoin pour 8 milliards de dollars, la thèse choc qui interroge la fiabilité des cryptomonnaies

By: rootdata|2026/07/16 17:00:32

Une attaque à 51 % rendue rentable par les marchés dérivés

Bitcoin repose sur le Proof of Work, un mécanisme dans lequel les mineurs mobilisent une puissance de calcul pour sécuriser le réseau. Une attaque à 51 % consisterait, en théorie, à contrôler une part suffisante du hashrate pour réorganiser des blocs récents, censurer certaines transactions ou réaliser une double dépense.

Invité du podcast The Wolf of All Streets, l'économiste canadien Campbell Harvey a rappelé que ce risque était connu depuis longtemps, mais qu'une telle attaque était jusqu'à présent considérée comme économiquement irrationnelle.

Selon ses propres calculs, l'achat d'un nombre suffisant de machines de minage pour attaquer Bitcoin représenterait environ 0,5 % de la capitalisation totale du BTC. Sur la base d'une capitalisation estimée à 1 600 milliards de dollars, le coût de l'opération atteindrait donc environ 8 milliards de dollars.

Et Campbell Harvey ajoute que cette dépense de plusieurs milliards pourrait être transformée en profits, si l'attaquant prenait simultanément d'importantes positions short à effet de levier sur les marchés dérivés :

Cette thèse peut inquiéter plus d'une personne, puisque la sécurité de Bitcoin repose précisément sur les incitations économiques et sur le surcoût d'une attaque. Toutefois, l'estimation initiale de 8 milliards de dollars semble faire abstraction de plusieurs contraintes importantes qui remettent en cause sa thèse.

Les machines ne resteraient pas au même prix

Acheter pour 8 milliards de dollars de machines de minage ne revient pas à passer un ordre sur un marché liquide et profond. Le marché des ASIC est industriel, avec des stocks limités, des délais de production de plusieurs mois et centralisé au sein de quelques fabricants dominants.

Si un État ou une grande organisation commençait à acheter massivement ces machines, leur prix ne resterait probablement pas stable. La demande ferait monter les prix, les délais s'allongeraient, et les mineurs existants auraient intérêt à défendre leur position en augmentant eux aussi leur puissance de calcul.

Le calcul statique de Harvey est en réalité trompeur, car la chaîne d'approvisionnement ajoute des contraintes qui dépassent la taille du portefeuille de l'attaquant. Plus l'attaquant achète, plus il révèle son intention, plus le marché s'adapte, plus le coût réel augmente et, avec lui, l'extraction de matières premières servant à d'autres industries.

Énergie, logistique et matières premières compliquent le scénario

Même en supposant que les machines existent déjà ou que suffisamment d'entre elles soient saisies par l'attaquant, il faudrait les transporter, les installer, les refroidir, les maintenir et les alimenter.

À l'échelle d'une attaque contre Bitcoin, cela représente plusieurs dizaines de millions de machines et plusieurs dizaines de TWh, qui, comme ces détracteurs aiment le rappeler, dépassent la consommation électrique de petits pays comme la Belgique.

Ainsi, un État pourrait donc avoir un intérêt politique à attaquer Bitcoin, notamment s'il perçoit le BTC comme une menace monétaire. Mais à l'inverse, l'attaquant aurait un plus grand intérêt à l'utiliser et à le protéger, parce qu'il transforme de l'énergie difficile à valoriser en profit.

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Les shorts sur Bitcoin ne garantissent pas une attaque profitable

Enfin, Campbell Harvey affirme que seule la prise de position sur les marchés dérivés pourrait rendre cette attaque moins coûteuse, voire profitable.

Cependant, pour gagner 8 milliards de dollars avec une baisse de 50 % du BTC, il faudrait environ 16 milliards de dollars de position short. Même dans le scénario extrême d'un BTC tombant à zéro, encore faudrait-il que les plateformes et les contreparties aient suffisamment de liquidité pour ouvrir ces positions et paient effectivement les gains générés.

Une position aussi importante ferait bouger les prix, les taux de financement, les exigences de marge et l'attention des exchanges. Même si l'attaque technique fonctionnait, il faudrait encore que les plateformes puissent absorber puis payer ces gains en pleine crise de liquidité.

La thèse de Campbell Harvey a donc le mérite de poser de bonnes questions, mais affirmer qu'il suffit de 8 milliards de dollars pour attaquer Bitcoin tout en étant profitable grâce au marché dérivé relève plus d'un scénario de science-fiction qu'un vrai risque.

En effet, bien qu'une telle attaque soit possible en théorie, elle ne semble pas viable car le réseau Bitcoin a justement été construit pour être plus profitable à protéger qu'à attaquer.

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